Accident-handicap- us et coutumes

Vie, coutumes, institutions, pouvoir et organisation de la société au Moyen-Age

Modérateur : L'équipe des gentils modos

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bellabre
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mar. févr. 14, 2012 9:08 pm

Euh je sais pas trop comment interpréter ton post! :)

Si je me trompe dis le moi, mais tu semble sarcastique.

Je ne remet pas en cause ta volonté de faire quelque chose de bien! Nous t'avons donné des pistes, où tu trouveras probablement de quoi aller plus loin pour ton dossier. Tu n'es pas obligée de faire un copier-coller hasardeux, tu peux juste faire état de ce que tu as lu et qui est fiable et dire qu'au delà, tu ne sais pas, ou qu'il faut chercher et que la réalité historique est probablement très loin des clichés habituels.

Si je me plante, ignore totalement mon message :D
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yrwanel
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mer. févr. 15, 2012 12:27 am

Pas mal de publications en sciences (médecine ou paramédicale-) torchent des introductions "historiques" expédiant tout ce qui est "ancien régime" (donc avant au mieux la fin XVIIIème, sauf en sciences pures) dans un grand machin assez sombre d'où émergent quelques noms (obligés...) que c'est à se demander, à les lire, comment l'humanité a réussi à survivre à la préhistoire. ;)

Dans le paramédical, on ne soignerait vraiment que depuis Florence Nightingale, le handicapé n'a été "considéré" que depuis 14-18, etc..
Ah oui.. et il n'y avait pas de "sécu" non plus. On mourrait parce que y avait pas de "médicaments"...
( les femmes mourraient toutes en couche, il n'y avait que de la famine, etc., etc.!)
Or l'histoire de la prothèse est plus ancienne qu'on imagine (= aide technique), pas mal de handicaps mentaux trouvaient leur niche de travail dans des boulots à leur mesure, les personnes devenant mal-voyantes trouvaient une place socio-économique(homme et femme) dans certains boulots textiles (filage, confection des filets et leur réparation, par ex.), etc..

Là, je me disais que c'était l'occasion de remettre quelques pendules à l'heure, sans plus...Même si cela restera "généraliste", donc "flou", y a t-il obstacle à élargir un peu la culture des gens? ;)
Puis, je ne suis pas "historienne"!
Le reste du travail reste tout de même le sujet principal, soit une étude sur une situation actuelle. :D
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Sagiterra
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mer. févr. 15, 2012 12:43 am

Les Sourds accordent une grande importance à l'histoire de leur culture spécifique, et un certain nombre (dont des universitaires) ont donc fait des recherches sur l'histoire des Sourds.
En cherchant un peu sur la Toile, on trouve donc des sites où quelques indications, bien que résumées, peuvent donner des bases…
http://guaskenn.free.fr/LSF/Histoire-sourds.html
Au Moyen Âge
Aux IVe et Ve siècles on reconnaît la présence, chez les sourds, d’une gestualité qui peut s’élever au statut de langue, et permettre, par conséquent, de les mener à la foi.
Au VIe siècle à Rome, le Code Justinien (531) classe les sourds suivant leur aptitude à parler. Le sourd de naissance est donc, dans la grande majorité des cas, destitué de tout droit civique et placé sous tutelle à vie.
Du Xe Au XVe siècle, les moines qui respectent le silence font des gestes pour communiquer. Leurs communautés accueillent des enfants sourds. Les sourds sont autorisés à utiliser les signes pour le baptême, pour se marier et pour prononcer les vœux monastiques.
En gros, le rapport entre les Sourds et les communautés religieuses est essentiellement une histoire de silence. Les communautés ayant fait voeu de silence sont donc relativement accessibles aux Sourds. Logique. Mais après, il faudrait voir si des textes d'époque sont un peu plus développés concernant ce sujet précis. :)
Autre approche (et, ô miracle, au moins une référence bibliographique…) ;)
http://mapage.noos.fr/magnin.florence/c ... part1.html
(…) Une condition sociale changeante
a) Moyen-Age
Les sourds, ainsi que leur mode de communication visuo-gestuel, ont toujours existés. Célèbres ou méconnus, ils ont laissé des traces abondantes mais dispersées. C'est au Moyen Age que certaines de ces traces commencent à permettre de considérer leur statut au sein de notre société occidentale.
En effet, si le Moyen Age semble avoir hérité des comportements les plus négatifs de l'Antiquité à l'égard des infirmes ou des handicapés, le statut des sourds à cette époque n'en paraît pas moins singulier. La distinction n'a pas toujours été faite entre les handicapés physiques, sensoriels et mentaux ; ils étaient le plus souvent assimilés aux marginaux. En outre, les sourds semblaient être considérés comme " marginaux parmi les marginaux " [1] puisque l'historiographie et les sources à leur sujet sont quasi inexistantes. Ceci s'explique par le fait que, ce handicap physique étant invisible pour autrui, la guérison d'un sourd paraissait nécessssairement moins spectaculaire que celle d'un paralytique ou d'un aveugle, qui pouvait alors prouver l'accomplissement d'un miracle.
Pourtant, certains documents permettent de souligner que les sourds au Moyen-Age " étaient certainement mieux intégrés dans la société médiévale que les autres handicapés et [peut-être] mieux également qu'ils ne le sont aujourd'hui " [2] . La principale raison en est qu'une personne sourde était considérée comme physiquement et socialement autonome. Le travail au Moyen-Age relevait plus d'un savoir-faire et n'imposait donc pas, comme les professions d'aujourd'hui, les obstacles de la communication verbale et écrite. Il s'en suit qu'une personne sourde trouvait facilement sa place au sein de la société. La mendicité n'était donc pas pour elle, l'unique condition de survie, elle pouvait travailler.
Par ailleurs, le Moyen-Age instaure (mais non définitivement) une certaine reconnaissance de l'expression gestuelle en lui accordant une incontestable valeur expressive. Ce phénomène se justifie par l'importance de la religion à cette époque et notamment de l'idée que Dieu a donné la parole aux Hommes et non aux animaux afin de se faire connaître, mais que ceux-là n'en usent pas toujours à bon escient. Les péchés de la langue, dont le pire est le blasphème, sont donc condamnés par les textes, les enluminures et les œuvres peintes. Le thème de la Tour de Babel est l'un des plus fameux exemples de ces représentations d'avertissement contre l'abus de la parole. Ainsi, par un effet contraire, le geste gagne en reconnaissance et bénéficie d'éloges. Nombre de sourds se retrouvent alors dans les monastères de moines bénédictins ayant fait vœu de silence.
Ainsi que la suite de l'Histoire le confirmera encore pendant quelques siècles, les religieux semblent avoir été plus ouverts aux sourds que la société laïque, et c'est par eux que les signes ont acquis un premier statut de validité. Le plus grand exemple de l'apport des religieux aux personnes sourdes est celui de l'abbé de l'Epée ainsi que des abbés qui héritèrent des idées qu'il développa. (…)
*
Note: 1. Aude de SAINT-LOUP, Les sourds au Moyen-Age, mille ans de signes oubliés, dans l'ouvrage collectif Le pouvoir des signes, Paris, 1989, p14
Note: 2. Ibid. , p14
(Le mémoire de maîtrise d'Arts Plastiques de Florence Magnin est disponible en téléchargement)

Et puis encore un fil à tirer :
http://encyclopedie.snyke.com/articles/surdite.html
Histoire de la surdité
Moyen Âge, une période où les sourds et leurs signes semblent bien acceptés
Aude de Saint-Loup a retrouvé la trace de cent vingt sourds de l'époque médiévale. Seuls quatre étaient mendiants, tous les autres travaillent : ils sont ouvrier, drapier, boucher, laboureur, servante, portier et même religieux. Au Moyen Âge les sourds ont vraisemblablement été mieux intégrés au monde entendant que ce ne fut le cas au XXe siècle. Le contexte culturel était favorable à l'expression gestuelle au point que parfois on parle du Moyen Âge comme civilisation de geste, même si elle reste dominée par le primat de la parole. De plus il faut savoir que le monastère de l'ordre cistercien, fondé en 1098, oblige ses moines à la règle du silence. Ils communiquent donc entre eux par signes. Leur langue des signes monastique n'a pas de signes en commun avec la LSF.
Des communautés religieuses accueillent des enfants sourds. Les sourds sont autorisés à utiliser leurs signes pour le baptême, pour se marier et pour prononcer les vœux monastiques. Après qu'au Ve siècle Saint Jérôme eut reconnu que « par les signes et par la conversation quotidienne, par les gestes éloquents de tout le corps, les sourds peuvent comprendre l'Évangile », au XIIIe siècle Thomas d'Aquin dans la Somme théologique, les invite à se confesser par signes.
[petit supplément…]
Au XVIe siècle
Dans son Traité de la peinture, Léonard de Vinci écrit que ceux là seraient bien enseignés qui imiteraient les mouvements des muets qui parlent avec des mains et des yeux et des sourcils et de toute personne, dans leur volonté d'exprimer le concept de leur âme.
Il y a donc du pour et du contre, le tout étant de retrouver le livre dont il est question…
:fume:
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yrwanel
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mer. févr. 15, 2012 1:16 am

Merci Sage Itterra!

Plus "fouillé" que ce que j'avais en bouquin.

Il est exact que les sourds ont une "culture" et ont étudié l'histoire et la place de leur handicap au fil de l'histoire.

La "langue des signe" était aussi utilisée dans les monastères voués au silence, qu'on soit mal-entendant ou pas, du reste. ;)

Épilepsie: si ce fût une maladie "signe des dieux" dans l'antiquité, l'église, chassant tout paganisme, l'a classée (comme d'autres types de pathologies à caractère épileptoïde) dans "possession par le démon".

Maladie mentale: là, cela devient plus subtil...=> aussi les troubles du comportement consécutif à un trauma crânien.

Niveau déviation de la colonne vertébrale: subtil aussi... Isabelle de France, soeur de St Louis, souffrait d'une déviation que on ne sait que par la coupe de sa chemise: les écrits n'en font pas mention.
En échange, les gibbosités pouvaient être une autre histoire. ;-)

En paléopathologie, on a des cas d'amputation réussie: on en sait moins sur leur profession après accident par contre (avant accident non plus), mais les individus ne semblent pas plus "mal nourris" que les autres, non amputés.
=> soit ils trouvaient une place socio-économique, une adaptation du travail (ou changement de profession), soit émargeaient à la solidarité.
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Sagiterra
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mer. févr. 15, 2012 1:22 am

Ben tiens, j'en rajoute une petite couche, car là tu as un peu plus de matière sur les Sourds :

http://www.2-as.org/site/index.php?cat= ... ge=auteurs

SAINT-LOUP, Aude (de)
Directrice du Cours Morvan (Collège et lycée privés pour sourds et malentendants, Paris) depuis 1999. Auparavant professeur d’histoire-géographie en milieu ordinaire, puis au Cours Morvan. Spécialiste de l'histoire des sourds, en particulier au Moyen Âge.

Quelques publications sur l'histoire des sourds :

Gestes des moines, regard des sourds (avec Yves Delaporte et Marc Renard), Éditions Siloë, Laval,1997. Non épuisé, diffusion : Les Éditions du Fox / 2-AS.

Les sourds-muets au Moyen Âge : mille ans de signes oubliés, dans le catalogue de l'exposition Le pouvoir des signes, INJS Paris, 1989, p.11 à 19.

Sourds en quête d’identification : traces médiévales, Les cahiers du CTNERHI - Handicap, n°50, 1990, p. 81-92.

Allez, bonne nuit ! :D
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guillaumedebeaufort
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mer. févr. 15, 2012 5:26 pm

Il me semble avoir vu un article traitant de ça sur Persée, mais je n'arrive pas à le retrouver...
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kalima
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mer. févr. 15, 2012 6:02 pm

petit extrait d'un article de Persée :
Dès le milieu du XIIe siècle, l'Ordre du Saint- Esprit, en réaction aux thèses augustiniennes de la faute originelle, fonde à Montpellier un des premiers hospices, avec les hôtels-Dieu, destinés aux enfants « fous » ou « exposés ». Deux siècles plus tard, on compte plus de cent établissements identiques à travers la France. S'inspirant de la pensée monastique, on y met en œuvre une éducation qui témoigne, en ce lointain Moyen Âge, d'un réel souci d'éducation des plus infortunés

Cardou Charles, Develay Michel. Ce que les situations de handicap, l'adaptation et l'intégration scolaires « disent » aux sciences de l'éducation. In: Revue française de pédagogie. Volume 134 N°1, 2001. pp. 15-24.
doi : 10.3406/rfp.2001.2768
url : http://www.persee.fr/web/revues/home/pr ... 134_1_2768
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Morcant
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sam. mars 17, 2012 11:21 am

Histoire de contribuer rapidement. En Irlande au Haut Moyen Age les lois des brehons établissent que les handicapés mentaux doivent être nourris et protégés par leur famille. Ils y sont donc intégrés à part entière.
http://img516.imageshack.us/img516/5214/4bfd9.jpg
"O niurt Ambrois ri Frangc ocus Brethan Letha."
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yrwanel
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sam. mars 17, 2012 2:06 pm

Merci pour toutes ces informations!

Je vous tiendrai au courant...même si le résultat "final" ne sera en rien une véritable rechherche historique, mais plus une large introduction au corpus de l'ouvrage.
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enguerrand le baille
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mer. mars 21, 2012 5:29 pm

Il ya peut-être des pistes dans ce livre là, j'avais juste commencé à le lire, mais je n'ai pas pu le continuer pour le moment

http://www.amazon.fr/Pauvres-marginaux- ... 64&sr=8-11

il ya également les livres de Borislav Geremek sur le sujet
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Morcant
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lun. avr. 02, 2012 7:46 pm

A propos d'une étude de cas. Lors des fouilles de l'abbaye de Landévennec (Finistère) dans les niveaux carolingiens a été retrouvé la sépulture d'un homme adulte présentant la particularité de n'avoir aucun relief osseux d'insertion tendineuse (à l'exception du crâne). On est donc face à un adulte grabataire depuis sa naissance (a été suggéré un hématome médullaire suite à une traction céphalique trop importante à la naissance), ayant malgré tout atteint l'âge adulte avec ce que l'on sait comme risques de complications (escarres, rétractions tendineuses, pneumopathies, etc.) précoces liées à l'immobilisation prolongée et ce grâce aux bons soins d'une communauté monastique.
http://img516.imageshack.us/img516/5214/4bfd9.jpg
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lun. avr. 02, 2012 8:23 pm

ah quand même!

Diable, cela a dû demander une très solide prise en charge!
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enguerrand le baille
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lun. avr. 02, 2012 9:41 pm

euuu.......ça se traduit par quoi le fait de ne pas avoir de relief osseux d'insertion tendineuse???
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Morcant
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mar. avr. 03, 2012 7:08 am

Ces reliefs se développent sous l'action des tendons musculaires. Ne pas en avoir ça veut dire ne pas avoir de muscles à fonctionner dans ce territoire là. C'est en sorte la trace sur le squelette de l'activité musculaire (à l'inverse on peut aussi avoir des reliefs excessifs - des exostoses - à se développer chez les cavaliers sur les os des membres inférieurs par exemple).
http://img516.imageshack.us/img516/5214/4bfd9.jpg
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enguerrand le baille
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mar. avr. 03, 2012 8:08 am

Ok je comprends mieux...en effet pathologie lourde donc!
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